vendredi 31 octobre 2014

Vers quelle humanité?

Nils Aziosmanoff Président du Cube

« La révolution numérique est terminée, le numérique a gagné ! » Partie des quatre coins du globe, cette rumeur se propage sur la toile. Elle claque comme l’étendard victorieux du monde qui vient. Savamment mise en scène par la société du spectacle, une florissante décennie d’innovation technologique en a préparé l’avènement : le futur vient prendre possession du présent. Prêt à investir l’après, l’imaginaire collectif s’émerveille des prouesses du progrès.

Mais en coulisse, de redoutables forces de « destruction création » sont à l’œuvre, et leurs effets sont sans précédent. Car à la lisière du siècle, un nouvel espace-temps s’est entre ouvert, et tel un trou noir il absorbe une à une nos réalités. Elles se fragmentent, se dissipent et se recomposent à un rythme qui dépasse notre entendement. Le règne du fluide et de l’incertain a commencé.

 Arrimées aux repères du passé, à contre courant, les institutions sont impuissantes à juguler des crises qui, dans un mouvement systémique, se propagent et sapent une à une les fondations du vieux monde. La puissance informatique mise au service de stratégies obsolètes accélère la débâcle. Et tandis que l’homme s’évertue à créer une machine qui bientôt, dit-il, « sera fière de lui », l’âme des peuples erre dans la nuit.

Mais depuis peu, se lève une aube porteuse d’une étonnante nouvelle. Une énergie providentielle commence à jaillir de toutes parts, abondamment, se jouant des lois universelles de la thermodynamique et de l’entropie. Ce miracle s’appelle Information. Depuis les origines elle a traversé les âges, migrant d’espèces en espèces pour animer la matière et pour que la vie trouve son chemin. Grâce à elle, l’homme a acquis la parole, l’outil, l’écriture, l’électricité et Internet. En lui offrant pour nouvel hôte les réseaux de communication, il en a involontairement démultiplié les propriétés. Car plus on la consomme, plus elle abonde. Plus on la stocke, plus elle circule. Plus on la distribue, plus elle afflue. Comme un magma en fusion, elle se répand et prolifère, et avec elle le savoir se propage à une vitesse jamais observée. Déjà il court tout autour du globe, à travers les synapses d’une créature gigantesque et encore informe qui peu à peu s’éveille sous les yeux de son créateur : la multitude.

Plus tout à fait homo sapiens, l’homme connecté s’imagine bientôt symbiotique. Mi humain, mi machine, presque dieu, ce nouveau maillon de l’évolution entend poursuivre son exploration au delà des enclos du temps et de l’espace. Car l’univers, dit-on, est un logiciel. Son code est fait d’atomes, son langage est le réel. Message is the medium. Et voilà que l’humain, sa propre créature, rêve de le recréer. Grâce à la puissance distribuée des réseaux, il l’aura bientôt modélisé, indexé et stocké dans les entrailles de la Big Data. Tenant dans le creux de la main, l’infiniment petit et l’infiniment grand révèleront peut être la clé des mystères les plus anciens. Dans une vertigineuse mise en abîme, l’univers deviendra alors le jouet de ceux la mêmes qu’il a créés.

Voyageur créateur, l’après humain se dresse. Vers quelle humanité ?

Nils Aziosmanoff

Nils Aziosmanoff
Président du Cube, centre de création numérique Biographie complète
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